Pendant longtemps, on a surtout considéré le virus H5N1 comme une menace pour les oiseaux. Pourtant, sur l’île Heard, territoire perdu au milieu de l’océan Austral, les faits viennent rappeler que les barrières entre espèces sont parfois bien moins étanches qu’on le pensait.
Une équipe australienne vient de rapporter une mortalité massive chez les éléphants de mer du sud après l’arrivée du virus sur l’île. Le chiffre est impressionnant : plus de 13 000 jeunes retrouvés morts, avec des taux de mortalité dépassant parfois 90 %.
Le plus marquant n’est pas seulement l’ampleur de cette hécatombe.
C’est ce qu’elle raconte.
Le virus isolé sur place est très proche de souches déjà identifiées aux îles Crozet en 2024. Cela suggère une circulation plus large du H5N1 dans l’océan Austral, probablement plus ancienne et plus discrète que ce que l’on imaginait.
Autrement dit, ces épisodes ne sont peut-être pas des accidents isolés, mais les fragments d’un même mouvement.
Et dans ces colonies où des milliers d’animaux se concentrent pour se reproduire, le virus trouve forcément un terrain favorable.
Le problème dépasse largement ce seul épisode.
L’éléphant de mer est une espèce à reproduction lente. Quand une génération entière disparaît, ce n’est pas simplement une perte immédiate. Les conséquences peuvent se faire sentir pendant des années, parfois des décennies.
Cette crise rappelle une chose simple : les maladies émergentes ne bouleversent pas seulement l’humain ou les élevages. Elles touchent aussi de plein fouet le vivant sauvage.
Et dans certains endroits du monde, quand elles arrivent, il n’y a ni traitement, ni quarantaine, ni véritable seconde chance.
Nicolas MARTINEZ
Docteur vétérinaire
DIE Santé de la Faune Sauvage Non Captive
DU Pathologies Tropicales Essentielles — Faculté de Médecine, Sorbonne Université*
* Diplôme universitaire complémentaire non reconnu par l’Ordre national des vétérinaires.
Sources:
Bird flu kills more than 75% of baby seals on remote Australian island, study finds
Dispersal, adaptation and persistence of H5N1 in the sub-Antarctic and Antarctica

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