Sauvé de la noyade, le grand-duc de Nice a repris son envol

Il y a des consultations qui sortent de l’ordinaire. Celle du 20 août en fait clairement partie.

Ce jour-là, la brigade nautique de la police municipale de Nice et les pompiers du groupe de sauvetage animalier des Alpes-Maritimes récupèrent, à environ 800 mètres au large de Castel Plage, un rapace en pleine détresse. Un hibou grand-duc, en train de se noyer. Il ne doit son salut qu’à la présence d’esprit de ceux qui l’ont sorti de l’eau : ils lui ont présenté une planche sur laquelle il a pu se hisser, pour le ramener à bord sans lui infliger de blessure supplémentaire.

Il arrive à la clinique vétérinaire Lingostière dans un état préoccupant : déshydraté, en hypothermie, avec des lésions oculaires provoquées par l’eau de mer. Rien d’étonnant pour un animal qui a probablement passé un long moment à flotter, incapable de reprendre son envol.

Observation de terrain et cas clinique — Dr Nicolas Martinez (@martinez_vet_)

Pourquoi un grand-duc se retrouve-t-il en mer ?

C’est la question qui nous a occupés en premier lieu, avec mon équipe. Un rapace ne tombe pas à l’eau sans raison, et notre premier réflexe a été de chercher une cause traumatique. Nous avons donc réalisé des radiographies pour rechercher d’éventuels plombs de chasse, une cause malheureusement encore fréquente de blessures chez les rapaces. Résultat négatif.

Aucune fracture, aucun projectile, aucune lésion évidente pouvant expliquer sa présence au large. L’animal est un jeune mâle adulte, et l’hypothèse la plus probable reste celle d’un conflit territorial : chassé par un autre mâle plus dominant, il aurait pu se retrouver à devoir fuir au-dessus de l’eau, un terrain qui n’est évidemment pas le sien. Mais pourquoi s’éloigner autant des côtes plutôt que de se poser sur une falaise ou de rejoindre la forêt la plus proche ? Nous n’avons pas de certitude, et je pense qu’il faut accepter, dans ce métier, de ne pas toujours avoir d’explication définitive.

Ce qui compte, dans l’immédiat, c’est la prise en charge. Nous l’avons placé en couveuse et réhydraté, en attendant le relais des soigneurs spécialisés.

Observation de terrain par le Dr Nicolas Martinez, vétérinaire à Nice
Examen clinique du Grand Duc— Dr Nicolas Martinez

Une chaîne de soins qui a parfaitement fonctionné

C’est là tout l’enjeu de ce genre de sauvetage : aucun acteur ne peut agir seul. Après les premiers soins à la clinique, l’oiseau a été transféré au centre de soins de la faune sauvage de Saint-Cézaire-sur-Siagne, géré par l’association Instinct Animal, dans le cadre de leur dispositif SOS Faune Sauvage. Pendant plusieurs jours, les soigneurs ont poursuivi les soins oculaires, la réhydratation et une reprise alimentaire progressive, indispensable après un tel épisode de stress et de dénutrition.

Je suis retourné l’examiner le 24 août pour un bilan médical complet. Les lésions oculaires étaient résorbées, il restait encore un peu de déshydratation, mais surtout il lui fallait du temps pour reprendre des forces avant d’envisager un retour à la vie sauvage. C’est un point sur lequel j’insiste souvent : la guérison clinique ne suffit pas, il faut aussi que l’animal retrouve la condition physique nécessaire pour chasser et se défendre.

Examen clinique au centre de soins SOS Faune Sauvage – Instinct Animal — Dr Nicolas Martinez vétérinaire et Lucie Contet capacitaire

Le relâcher, un moment suspendu

Le relâcher a eu lieu le vendredi 4 septembre, au fort du Mont Alban à Nice, un site choisi volontairement à proximité de son lieu de récupération, pour lui laisser le maximum de repères et de chances de se réadapter à son territoire.

En tant que vétérinaire, ce sont des moments que l’on savoure peu souvent. Voir un animal qu’on a soigné reprendre son envol, en présence des services de la Métropole et de la Ville de Nice, représentée notamment par Éric Ciotti et Jean-Marc Governatori, c’est une forme de récompense collective. Henry-Jean Servat n’était pas présent physiquement mais a contribué à cet événement, et je tiens à le souligner. Ce fut un moment convivial et sincèrement émouvant, à la hauteur de l’engagement de tous ceux qui, à un moment ou un autre, ont fait un geste pour cet oiseau.

Relâcher d'un Grand-Duc d'Europe après soins vétérinaires par le Dr Nicolas Martinez à Nice
Relâcher d’un Grand-Duc d’Europe — Dr Nicolas Martinez vétérinaire, Eric Ciotti Maire de Nice, Lucie Contet capacitaire —
Crédit photo : Emmanuel Juppeaux

Profiter de ces moments pour parler des vrais enjeux

Avec Lucie Contet, présidente du centre de soins, nous avons aussi profité de cette occasion pour rappeler une réalité moins réjouissante : les molosses de Cestoni, une espèce de chauve-souris présente sur Nice, sont actuellement victimes d’une vague d’intoxications au plomb qui fait de nombreuses victimes. C’est l’occasion de rappeler que la prise en charge de la faune sauvage a un coût réel, et que ce coût doit être soutenu, aussi bien par la Métropole que par la Ville de Nice.

C’est précisément ce que ce relâcher illustre bien : une chaîne de sauvetage qui fonctionne parce que chaque maillon, des pompiers à la police municipale, de la clinique vétérinaire au centre de soins spécialisé, en passant par les collectivités qui les soutiennent, joue son rôle. C’est cette interaction entre tous les acteurs, humains et institutionnels, autour d’un seul animal sauvage, qui donne tout son sens à une approche One Health de notre métier : la santé animale, la santé humaine et la santé des écosystèmes ne se pensent jamais isolément.

Nicolas MARTINEZ
Docteur vétérinaire

DIE Santé de la Faune Sauvage Non Captive

DIU Pathologies Tropicales Essentielles — Faculté de Médecine, Sorbonne Université*

DU Droit de l’Animal — Faculté de Droit et Science Politique, Université Côte d’Azur*

* Diplômes universitaires complémentaires non reconnus par l’Ordre national des vétérinaires.

Revue de presse • Nice-Matin

« Un très joli moment » : le hibou grand-duc sauvé de la noyade au large de Nice a pu reprendre son envol depuis le fort du mont Alban

Lire l’article sur Nice-Matin →
Retour sur la prise en charge vétérinaire et le relâcher de ce rapace protégé dans les hauteurs niçoises.

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