En se promenant le long du canal de Gairaut, sur les hauteurs de Nice, le regard est naturellement attiré par le paysage. Pourtant, un petit aménagement passe presque toujours inaperçu.
Fixée contre la paroi, une rampe noire descend jusqu’à la surface de l’eau. Juste au-dessus, une inscription interpelle :
« Sortie de secours pour la vie sauvage – Ne pas monter dessus. »
À première vue, il ne s’agit que d’un détail. En réalité, cette rampe peut faire toute la différence entre la vie et la mort pour de nombreux animaux sauvages.
Un ouvrage indispensable… mais parfois impitoyable
Le canal de Gairaut est le dernier tronçon du canal de la Vésubie, construit à la fin du XIXe siècle pour acheminer l’eau jusqu’à Nice. Cet ouvrage historique joue encore aujourd’hui un rôle essentiel dans l’alimentation en eau de la ville.
Mais comme de nombreux canaux à ciel ouvert, il peut aussi devenir un véritable piège pour la faune.
Un hérisson, un écureuil, une fouine, un lapin, une couleuvre ou encore un crapaud peut y tomber accidentellement. Une fois dans l’eau, les parois lisses rendent toute remontée quasiment impossible. L’animal nage le long des berges, cherche désespérément un point d’appui, s’épuise progressivement, puis finit souvent par se noyer.
Cette mortalité est largement méconnue. Elle ne fait jamais la une de l’actualité, mais elle est pourtant bien réelle.
Un aménagement qui n’a sans doute pas été installé au hasard
En observant les photographies de cette installation, un détail retient particulièrement l’attention : juste à côté de la rampe se sont accumulés des feuilles, des branches et d’autres débris végétaux.
Cela montre que le courant concentre naturellement les éléments flottants à cet endroit. Il est donc raisonnable de penser qu’il peut également y conduire les animaux emportés par l’eau.
Si cette hypothèse est la bonne, l’emplacement de cette rampe n’a rien d’anodin. Elle a probablement été installée là où les animaux ont le plus de chances de la rencontrer avant de s’épuiser.
Quand un grand cervidé se retrouve piégé
Cette installation m’a immédiatement rappelé une intervention menée il y a quelques années avec les sapeurs-pompiers du Groupe de Sauvetage Animalier des Alpes-Maritimes (GSA 06).
Un grand cervidé était tombé dans un canal à SOSPEL et ne parvenait plus à en sortir. Malgré sa puissance, il était incapable de franchir les parois. Après plusieurs heures passées dans l’eau, il était profondément affaibli.
Grâce au professionnalisme des équipes du GSA 06, l’animal a pu être extrait en toute sécurité avant d’être transporté à Lingostière Clinique Vétérinaire.
Nous avons alors réalisé les premiers soins d’urgence : réchauffement, réhydratation, traitement des lésions et surveillance de son état général.
Une fois stabilisé et suffisamment remis, il a pu retrouver son milieu naturel.
Cette intervention rappelle qu’un canal peut devenir un piège redoutable, y compris pour des animaux de grande taille.
Une aide précieuse pour la petite faune
Bien entendu, une rampe comme celle du canal de Gairaut ne permettra probablement pas à un grand cervidé de sortir seul.
En revanche, elle peut sauver la vie de nombreux animaux plus petits : hérissons, écureuils, fouines, lapins, amphibiens, reptiles ou encore jeunes oiseaux tombés accidentellement dans l’eau.
Pour eux, quelques dizaines de centimètres d’adhérence suffisent parfois à retrouver la berge… et la liberté.
Penser la biodiversité jusque dans nos infrastructures
La protection de la faune sauvage ne repose pas uniquement sur les centres de soins, les associations ou les interventions de secours.
Elle passe aussi par des choix d’aménagement parfois très simples. Une rampe solidement fixée contre une paroi peut sembler anodine, mais son impact est probablement considérable à l’échelle d’un réseau de canaux.
Ces installations méritent d’être mieux connues et, surtout, respectées.
Elles démontrent qu’il est possible de concilier les besoins d’un ouvrage hydraulique avec la préservation de la biodiversité.
Parfois, sauver des animaux ne nécessite pas de grands travaux. Il suffit simplement de leur offrir une issue lorsqu’ils se retrouvent piégés.
Merci Elodie pour le partage des photos et de l’info.
Nicolas MARTINEZ
Docteur vétérinaire
DIE Santé de la Faune Sauvage Non Captive
DU Droit de l’Animal — Faculté de Droit et Science Politique, Université Côte d’Azur*
* Diplôme universitaire complémentaire non reconnu par l’Ordre national des vétérinaires.
