Le monde du silence, ce n’est pas que la mer

La métropole a posé des affiches partout en ville. « Le monde du silence ne peut plus se taire », avec un poulpe qui se débat entre un filet et une bouteille en plastique. Le message est bon : luttons contre les déchets marins.

Affiche de la Métropole Nice Côte d'Azur : Le monde du silence ne peut plus se taire, luttons contre les déchets marins
Campagne d’affichage de la Métropole Nice Côte d’Azur contre les déchets marins.

Mais à la clinique, le « monde du silence » que je vois passer ne vient pas seulement de la mer. Cette semaine, un goéland avec un hameçon planté dans le bec et dans sa patte. Il y a quelques semaines, une couleuvre ramenée par les pompiers, étranglée par un anneau de bouteille qu’elle portait depuis des mois. Avant ça, un hérisson mort étouffé dans un gobelet oublié sur un chemin gravillonné.

Le déchet ne fait pas de distinction entre la mer, la rivière, le jardin ou le bitume. Il piège ce qui passe.

Le goéland et l’hameçon, presque toutes les semaines

Celui-là, je pourrais vous en parler avec des dizaines de photos différentes, ce serait presque le même article à chaque fois. Un hameçon planté dans le bec, dans une aile, parfois avalé. La pêche de loisir laisse derrière elle des fils et des hameçons qu’on ne voit plus une fois dans l’eau, mais que le premier oiseau qui plonge, lui, rencontre très bien.

Goéland avec un hameçon perforant son bec et sa patte
Un hameçon perfore à la fois le bec et la patte de ce goéland.
Hameçon planté dans la patte du goéland
Gros plan sur l’hameçon planté dans la patte.
Goéland piégé par du matériel de pêche
Un cas parmi tant d’autres, presque chaque semaine.

Ce n’est pas un cas exceptionnel qu’on montre pour marquer les esprits. C’est une routine. Et une routine qui ne fait la une de rien, précisément parce qu’elle se répète.

La couleuvre et le filet

Celle-ci a eu de la chance : trouvée coincée dans un filet, dégagée, relâchée rapidement. Rien de plus à raconter, et c’est tant mieux. Tous les cas ne se terminent pas en tragédie, ça vaut la peine de le rappeler.

Serpent piégé dans un filet, sauvetage à Lingostière Clinique Vétérinaire
Sauvetage à la Lingostière Clinique Vétérinaire.

La couleuvre qui a grandi avec son anneau

Ce cas-là mérite qu’on s’y attarde. Une couleuvre a été ramenée par les pompiers, avec un anneau de bouteille en plastique passé autour du corps. Le genre d’anneau qu’on retrouve sur les packs de bouteilles, et qu’on jette sans y penser une seconde fois.

Sauf que ce serpent n’avait visiblement pas croisé cet anneau la veille. Il avait grandi avec. L’anneau, lui, n’a pas grandi. À mesure qu’elle grandissait, il s’était enfoncé dans les tissus et commençait à compromettre sa survie. Il a fallu le couper pour la libérer.

Couleuvre de Montpellier coincée dans un anneau de bouteille en plastique
L’anneau s’était enfoncé dans les tissus à mesure que le serpent grandissait.

Un serpent qui traîne un bout de plastique pendant des mois sans que personne ne s’en aperçoive, ça donne une idée assez précise de la discrétion avec laquelle ce genre d’histoire se joue, loin de nous, jusqu’à ce que quelqu’un tombe dessus par hasard.

Le hérisson et le gobelet

Celui-là finit mal, et je ne vais pas essayer de l’arranger. Un gobelet de fast-food, jeté au sol, oublié sur un chemin gravillonné. Un hérisson qui passe par là, la nuit. Il entre la tête dans le gobelet. Il ne parvient plus à la ressortir. Il meurt étouffé, coincé dans un objet qui a coûté quelques centimes et qui a fini sa course là plutôt que dans une poubelle.

Hérisson mort étouffé, la tête coincée dans un gobelet
Un gobelet oublié sur un chemin gravillonné a suffi.

On imagine souvent le hérisson comme un animal robuste, capable de se rouler en boule pour échapper à tout. Un gobelet vide a suffi.

Ce que ces quatre animaux ont en commun

Un goéland, deux couleuvres, un hérisson. Ni la même taille, ni le même milieu, ni la même histoire. Mais toujours le même point de départ : un objet qu’on a jeté sans y penser, et qui a fini par piéger un animal qui, lui, n’avait rien demandé.

La métropole a raison de parler des déchets marins. Mais le piège n’attend pas d’arriver dans l’eau pour se refermer.

Nicolas MARTINEZ
Docteur vétérinaire

DIE Santé de la Faune Sauvage Non Captive

DU Droit de l’Animal — Faculté de Droit et Science Politique, Université Côte d’Azur*

* Diplôme universitaire complémentaire non reconnu par l’Ordre national des vétérinaires.

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