Chenilles processionnaires : après une année record en intoxications, une découverte inattendue

La processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) est une vieille connaissance en médecine vétérinaire. Chaque printemps, elle revient avec les mêmes urgences : chiens qui lèchent ou saisissent les chenilles, langues œdématiées, hypersalivation, douleurs intenses, parfois nécroses sévères.

Et cette année 2026, dans ma pratique, j’ai probablement vu le plus grand nombre d’intoxications depuis que j’exerce.

Une saison particulièrement marquée, avec des cas parfois impressionnants, rappelant à quel point cette chenille reste un danger bien réel pour les animaux domestiques.

Galerie Clinique : Chenilles Processionnaires | martinez.vet
Procession de chenilles processionnaires du pin Thaumetopoea pityocampa à Nice
Chenilles processionnaires du pin (Thaumetopoea pityocampa) observées à Nice.
Cas clinique vétérinaire de nécrose de la langue chez un chien suite à un contact avec une chenille processionnaire à Nice
Urgence vétérinaire : Nécrose de la langue chez un chien suite à l’ingestion ou au contact avec des poils urticants.

On parle souvent de la processionnaire pour son impact clinique. Plus rarement pour sa place dans l’écosystème.

C’est pourtant ce qu’une étude récente publiée dans Ecosphere vient rappeler.

Les chercheurs montrent que certains carnivores sauvages, notamment le renard roux (Vulpes vulpes) et la fouine (Martes foina), consommeraient les femelles adultes au moment de la ponte.

L’observation est loin d’être anodine!

Jusqu’ici, on connaissait plusieurs prédateurs des œufs ou des chenilles, mais cette prédation ciblant directement les femelles reproductrices n’avait pas été mise en évidence chez des mammifères terrestres.

Les chercheurs ont retrouvé dans leurs fèces des fragments de femelles ainsi que des œufs, confirmant cette prédation opportuniste.

Et l’intérêt écologique est évident : en consommant une femelle avant ou pendant la ponte, ce sont potentiellement plusieurs centaines d’œufs qui disparaissent immédiatement.

Ce comportement semble favorisé par la vulnérabilité du papillon femelle à ce moment précis : faible mobilité, durée de vie très courte, déplacements sur les troncs ou au sol.

Ce que cette étude rappelle, c’est que la nature possède déjà ses propres mécanismes de régulation.

À l’heure où la progression de la processionnaire semble favorisée par le réchauffement climatique et où, sur le terrain, nous en mesurons très concrètement les effets, mieux comprendre ces interactions devient essentiel.

Comme souvent, un même organisme raconte plusieurs histoires à la fois.

Pour le vétérinaire, c’est une urgence.

Pour l’écologue, c’est une pièce d’un équilibre complexe.

Et entre les deux, on retrouve toujours la même réalité : celle d’un vivant profondément interconnecté.

Un sujet typiquement One Health.

Dr Nicolas MARTINEZ — Docteur en Médecine Vétérinaire (DMV)
Titulaire du DIE Santé de la Faune Sauvage Non Captive

Source:

“Opportunistic predation by carnivore mammals on females of pine processionary moths, Thaumetopoea pityocampa”, signée par Jacinto Román, Juan Carlos Rivilla, Javier Calzada et Francisco J. Palomares, dans Ecosphere en 2026, DOI 10.1002/ecs2.70542.

Le renard et la fouine sont indispensable à la régulation des chenilles processionnaires

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