Le trafic d’animaux sauvages ne concerne pas toujours les espèces auxquelles on pense.

Loin des images habituelles de pangolins, de perroquets ou de grands félins, une autre filière attire aujourd’hui l’attention : celle des fourmis moissonneuses africaines.

Le Guardian rapporte que le Kenya est devenu un point central de ce commerce, notamment autour de Messor cephalotes, une grande espèce recherchée par certains collectionneurs en Europe et en Asie.

Le principe repose sur la capture des reines. Chez les fourmis, tout commence avec elles : une seule reine peut fonder une colonie entière, ce qui explique leur forte valeur sur ce marché parallèle.

Les trafiquants les transportent vivantes, dissimulées dans des seringues ou des tubes adaptés. Ces derniers mois, plusieurs saisies ont eu lieu au Kenya, parfois avec plusieurs milliers d’individus, dont plus de 2 000 reines interceptées dans un seul aéroport.

Les autorités parlent de biopiratage. Le terme n’est pas abusif.

Ces fourmis ne sont pas de simples curiosités. Elles participent à l’aération des sols, à la dispersion des graines et au bon fonctionnement de certains écosystèmes. Retirer massivement des reines, c’est potentiellement fragiliser des colonies entières avant même leur développement.

Le plus frappant, peut-être, est notre propre regard sur cette affaire. Un éléphant ou un rhinocéros suscitent immédiatement l’indignation. Une fourmi, beaucoup moins.

Pourtant, à l’échelle d’un écosystème, leur rôle peut être immense.

Cette affaire rappelle une chose simple : la biodiversité ne se limite pas aux espèces spectaculaires. Elle repose aussi sur le minuscule. Et c’est parfois là que commencent les grands déséquilibres.

Nicolas MARTINEZ
Docteur vétérinaire

DIE Santé de la Faune Sauvage Non Captive

DU Droit de l’Animal — Faculté de Droit et Science Politique, Université Côte d’Azur*

* Diplôme universitaire complémentaire non reconnu par l’Ordre national des vétérinaires.

Source : The Guardian, mai 2026.

Trafic de fourmis au Kenya

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